“ Il est amusant ce cube…”

David s’était endormi sur le bureau de campagne où il comptait étudier les artefacts, malgré sa légère insolation le matin même. Il avait loupé le bivouac. Le personnel des fouilles ne semblait pas avoir jugé opportun de le déranger. Pourtant, il lui avait vaguement semblé entendre quelqu’un parler du cube.

David le préleva au milieu d’autres pièces récoltées sur le site, qui semblaient présenter bien plus d’intérêt. Il le tourna et le retourna dans ses mains. Quel rapport pouvait-il avoir avec les dragons ?

S’il ne l’avait lui-même découvert sous une portion de mue parfaitement préservée, David aurait pu croire à une pollution du site. Mais non… Impossible d’aller le glisser là sans compromettre l’intégrité de la fragile structure d’épaisses phanères. D’ailleurs, ils se sont désolidarisés malgré toutes les précautions prises par Ahmed.

— Ah ! J’ai bien fait de parier avec lui qu’il n’arriverait pas à soulever ça sans en faire un puzzle ! Tu me dois cent dirhams Ahmed, lança Daniel avec enthousiasme !

Sacré Daniel. Avec ses lunettes rondes et son panama, ce rat de bibliothèque détonnait au sein d’une opération comme celle-là. Mais il savait convaincre son auditoire. Et ça faisait la différence au moment de recevoir les donations d’investisseurs. David remarqua que sa tente était toujours éclairée. Il devait sûrement écrire l’article concernant leur dernière découverte avec une bouteille de vermouth français à portée de main.

“ Il est vraiment amusant. Vous devriez l’essayer… ”

David se retourna. Scruta la pénombre. Personne.

Il jeta un œil distrait au cube qu’il tenait toujours en main avant de se diriger vers la partie du site sur laquelle l’équipe prévoyait de travailler le lendemain. La pierre de ce qu’ils pensaient être un hôtel de sacrifice était encore chaude d’avoir bu le soleil de la journée.

Le « chasseur de dragon » s’assit sur le bloc de grès strié de concrétions ferrugineuses. Tandis qu’il jouait encore avec ce prisme d’origine inconnue, David piqua encore du nez.